EDITORIAUX Définir une nouvelle voie pour la planification familiale en Afrique après 2014

Friday Okonofua

Abstract

La Conférence Internationale sur la Population et le Développement (CIPD) a été un événement historique qui a modifié l'accent mis sur  la croissance de la population comme préoccupations pour le mettre sur l'engagement à l'équité en matière de la reproduction, les droits et la justice sociale dans la mise en œuvre de toutes les composantes de santé de la reproduction. Il a placé les femmes au centre de la scène du développement, en créant une fondation justifiable pour les femmes d'avoir accès à des contraceptifs modernes sûrs et abordables. La CIPD a positionné la planification familiale comme un droit humain fondamental de tous les couples sexuellement actifs, tout en espérant que la nouvelle approche poussera les efforts et conduira à une utilisation et une acceptation de la planification familiale améliorée par les femmes qui en ont besoin. 

Depuis la CIPD, l’évidence a montré que, de fait, les taux de prévalence de la contraception (TPC) ont augmenté dans le monde entier entre 1990 et 2013, avec une diminution parallèle des besoins non satisfaits en planification familiale1,2. La plupart des modifications de ces paramètres se sont produites dans les années 1990, avec une augmentation moins rapide  de taux de prévalence de la contraception (TPC)  et une diminution des besoins non satisfaits qui s’est produite entre 2003 et 2012.  Cependant, bien que les augmentations de la prévalence de la contraception aient également eu lieu dans les pays africains au cours de la période, les hausses ont été moins importantes par rapport à d'autres régions. Le TPC est resté faible en Afrique Centrale et Occidentale,  avec peu de changements qui se produisent à l’égard des besoins non satisfaits qui sont restés autour de 20% entre 1990 et 2010. La lenteur du progrès en TPC et les besoins non satisfaits en Afrique a conduit certaines personnes à penser que les principes de la CIPD n'ont pas marché dans la région. Avec l'importance croissante accordée à la planification familiale à la fois à partir de la reconnaissance de l'impact possible du changement climatique sur la limitation des ressources (avec l'Afrique étant la plus susceptible de porter le plus grand poids)3 et les projections faites sur le nombre croissant des femmes qui auront besoin de la planification familiale après 2014 (surtout dans la région de l'Afrique)4, il y a un appel à de nouvelles approches pour combler les lacunes dans la prestation de la planification familiale et l'accès en Afrique. En effet, l'engagement pris par les dirigeants du monde vers une action accéléré pour assurer la prestation de la planification familiale pour  120 millions de femmes et de filles de plus  au cours du Sommet de Londres en 20 135  témoigne de cette nécessité d'une action galvanisée et accélérée.  

De nombreux facteurs expliquent la lenteur du progrès dans les indices de la planification familiale dans le continent africain au cours des deux dernières décennies. Il s'agit notamment de la faible adoption des principes de la CIPD étant donné que beaucoup de femmes africaines  souffrent encore des effets de l'exclusion sociale, de la marginalisation et de la discrimination; la nature de la planification familiale qui s’appuie sur des bailleurs de fonds  fait que de nombreux gouvernements africains s’engagent  peu aux principes et à la pratique de la planification familiale; des efforts limités pour répondre à la qualité des soins des services disponibles vu les cliniques qui manquent encore de personnel qualifié, une constellation de produits et des approches favorables aux jeunes; le manque d'intégration de la planification familiale à des problèmes de reproduction élevés qui prévalent en matière de santé tels que la prévention et les soins du VIH / SIDA; et peu d'attention accordée à la lutte contre les facteurs de fond qui animent la faible utilisation de la planification familiale en Afrique tels que l'ignorance, l'analphabétisme, la pauvreté et les croyances et les pratiques culturelles néfastes.  

Quatre articles de ce numéro de la Revue africaine de santé de la reproduction fournissent la preuve des efforts réalisés dans diverses parties de la région afin de comprendre le contexte de la prestation de la planification familiale en Afrique qui sont nécessaires pour identifier de nouvelles approches pour améliorer les indices clés du développement. L'article de Olatoregun6 et ses collègues fait une comparaison des différences de fécondité entre le Ghana et le Nigeria et  conclut que les préférences pour une fécondité élevée sont encore dominantes dans les deux pays, tandis que l’article  par Kuang7  explique comment des couples en Ouganda sont motivés à utiliser la planification familiale en se servant des techniques fondées sur l'auto-motivation et  les droits. Bien que les contraceptifs injectables appartiennent au groupe des méthodes de deuxième niveau selon l’OMS en termes de l'efficacité des méthodes, ils constituent  souvent les méthodes les plus préférées par les femmes africaines. L'article de Nakayiza et ses collègues8 de l'Ouganda décrit comment la source d'un contraceptif injectable influence  l'utilisation de la méthode par les femmes rurales. Il souligne la nécessité d'intégrer les besoins  et les considérations locaux dans la conception et la mise en œuvre des programmes de la planification familiale en Afrique. Malgré la forte prévalence du VIH / SIDA en Afrique, il y a eu peu d'efforts systémiques pour comprendre la nécessité de la famille des populations touchées et à concevoir des programmes pour répondre à leurs besoins. L'article de Sarah Gutin et ses collègues9 de l'Ouganda est actuellement l'un des rares données empiriques disponibles qui étudie les désirs de la fécondité des femmes séropositives dans la période post-partum.  

Cependant, ces articles sont une bonne exposition de la nature du problème, mais ils n’indiquent  qu’une direction limitée. Il est nécessaire d'identifier des approches systémiques pour améliorer la disponibilité et l'utilisation des contraceptifs dans le continent africain après 2014. L'Ordre du jour du Développement durable constitué des  17 points qui est proposé pour le développement du monde après 201410  semble être un bon point de départ étant donné qu’il comprend beaucoup de questions qui  s’occuperont du fond social et les facteurs sociaux et économiques qui influent sur une mauvaise utilisation de la planification familiale en Afrique. Cependant, ce qui sera le plus important et crucial, c'est l'engagement politique des gouvernements nationaux à mettre en œuvre les solutions contenues dans le programme de développement durable, et aussi de devoir le processus de changement en termes de fourniture accrue de la planification familiale. La plupart des gouvernements africains ont montré leur faible engagement aux services de la planification familiale au cours des deux dernières décennies, en partie en raison de leur conflit interne et les croyances au sujet de la planification familiale et aussi à cause de leur ordre de priorité limitée des questions de santé et de développement social. Les trois pays qui ont démontré un engagement politique puissant au développement et à la planification familiale au cours des dernières années - l'Éthiopie, le Rwanda et le Malawi - ont également connu la croissance la plus rapide du TPC et un déclin des besoins non satisfaits, qui témoignent de l'importance de l'engagement politique et le leadership dans la promotion du développement social sur le continent africain. D'autres facteurs dont l’on  devraient s’occuper pour augmenter ses prestations de la planification familiale et de l'accès en Afrique comprennent: un financement accru indigène de la planification familiale (plutôt que de dépendre du financement des bailleurs de fonds), l'augmentation de la sensibilisation du public et la sensibilisation à l'utilisation des champions notables et l'établissement des partenariats, l’assurance des services par la communauté  (y compris l'utilisation de la délégation des tâches), le renforcement des systèmes de santé, la promotion de l'inclusion des jeunes et des hommes dans la planification familiale, et l'intégration des services de planification familiale à d'autres services de santé de la reproduction tels que le VIH / sida. 

En conclusion, la planification familiale est un facteur important dans les efforts visant à favoriser le développement, à réduire la mortalité maternelle et à promouvoir le bien-être et le développement social des femmes et des jeunes en Afrique. La période 1990-2013 a connu une croissance lente des indices de la planification familiale en Afrique, mais la période 2014 et au-delà offre une nouvelle possibilité de pousser les efforts pour accélérer la tendance. Le programme de développement durable proposé pour le développement du monde après 2014 est un bon point d'entrée, mais l'engagement politique est indispensable à la fois pour mettre en œuvre l'ordre du jour et aussi de privilégier la mise en œuvre des programmes de la planification familiale et du développement social en Afrique. Alors qu’on ne diminue pas l’importance des autres domaines du développement, il est prévisible que la planification familiale serait la pièce maîtresse de la croissance et de la planification du développement dans la région de l'Afrique dans les années qui viennent.  

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References

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